Conception de maquettes pour un appel d'offre ?

Conception de maquettes pour un appel d'offre ?

La demande de maquettes graphiques lors d'appel d'offre est fréquente mais constitue une mauvaise pratique. Découvrez pourquoi ici !

Pour le développement de projets digitaux, nombreuses sont les entreprises à mettre en concurrence différentes agences digitales afin d’obtenir la meilleure proposition de projet. Cette mise en compétition consiste à fournir un cahier des charges énumérant les besoins du projet. Dans certains cas, une maquette graphique est demandée pour que la prise en compte de la candidature soit effective. Rappelons que nous parlons de candidature au projet et que, par définition, il n’y aura qu’un seul gagnant. Les agences non sélectionnées ne seront pas rémunérées pour leur travail.

Cela pose un problème d’ordre éthique : est-il juste de demander à des agences d’investir du temps et de l’argent sur la création de maquettes graphiques sans prévoir de compensation pour l’ensemble des agences participantes ?

Tout travail mérite-t-il salaire ?

De nombreuses entreprises souhaitant avoir recours aux prestations d’une agence digitale se trouvent en position de force. En effet, au regard du marché, beaucoup décident de mettre en concurrence différents professionnels afin de sélectionner la meilleure proposition.
Jusqu’ici, la logique est viable. Le problème se pose lorsque ces entreprises requièrent des maquettes graphiques, ceci constitue une première proposition concrète de travail.

La valeur d'une maquette graphique

Cette maquette demande un temps de travail considérable qui ne sera pas rémunéré, peu importe si l'appel d'offre est gagné ou non. En effet, pour créer une maquette graphique en accord avec les besoins du client, tout un processus de réflexion est actionné, celui-ci demande des moyens humains qui doivent être rémunérés à leur juste valeur.

Certaines entreprises mesurent la portée de la demande de maquettes pour la réponse aux appels à projets, c'est notamment le cas avec l'école de commerce Kedge Business School. En effet, lors d'un appel d'offres pour la refonte de son site internet, cette école a mentionné la nécessité de présenter une maquette graphique afin que la candidature soit prise en compte, cette demande a un aspect éthique dans la mesure où  une compensation était prévue pour les 3 propositions short-listées. Le gagnant remportait le marché et les short-listés touchaient une compensation de 5000€, preuve que certaines entreprises mesurent l'investissement que demande la création d'une maquette graphique.

La maquette personnalisée pour chaque projet

En tant qu'agence digitale, nous apportons une attention toute particulière à la production de prestations de qualité. Lors d'un appel à projet, il fait partie de notre culture d'entreprise de produire des recommandations personnalisées selon chaque cas. Ceci est vrai non seulement sur l'aspect technique mais s'applique aussi concernant les recommandations graphiques. La durée de ce processus varie selon les agences et selon le degré de recherche que chacune d'elle met en place.

Un processus long et complexe

A ebizproduction, la création d'une maquette graphique est le fruit d'un processus de réflexion poussé tenant compte de tous les facteurs les plus importants afin que chaque choix soit justifié.

Notre processus en tant qu'agence digitale :

  • Benchmark des sites concurrents du client : Permet de déterminer les tendances du secteur ainsi que les principaux éléments importants à mettre en avant. 
  • Analyse de l'audience : Elle permet de définir les différents profils constituant l'audience du site internet. Cela a du sens car un site internet est avant-tout fait pour les utilisateurs. L'agence en charge de la création de l'interface se doit donc de comprendre qui sont-ils et quels comportements ont-ils sur le site web du client.
  • Définition des éléments importants à mettre en avant ainsi que leurs dispositions dans chaque maquette. On travaille ici sur le parcours de chaque type d'utilisateurs.
  • Wireframing : Cette étape est essentielle afin de s'assurer que le site répond parfaitement aux besoins des internautes. Le lead dev en charge du projet doit valider techniquement l'ensemble des éléments avant que le wireframe soit communiqué au client.
  • Retours client : Le client est sollicité pour faire ses retours sur les wireframes. Suite à ces retours, un échange a lieu et les modifications sont faites pour répondre de la meilleure des manières aux remarques formulées.
  • Validation par le client : Une fois l'ensemble des remarques traitées, le client validera les wireframes. La première grande partie de la constitution de la maquette est maintenant bouclée.
  • Création de la maquette graphique : L'UX designer passe la main à l'UI designer. Celui-ci habillera les wireframes pour les rendre esthétiquement attrayants, cela constituera un premier début de maquettes.
  • Retours client : Ces maquettes seront soumises au client qui aura pour rôle de faire des retours concernant des points à modifier. Encore une fois, un échange avec l'UI Designer permettra de définir les meilleures décisions à prendre.
  • Validation par le Lead Dev : Les partis-pris graphiques et les éventuels changements supplémentaires seront ré-examinés par le Lead Dev qui s'assurera que les changements soient techniquement faisables et surtout viables par rapport aux contraintes du web.
  • Mise en production : Les maquettes sont soumises à l'équipe de développement qui se chargera de leurs intégrations.

 


Nombre de postes mobilisés : Minimum trois.

Durée de travail : Près de 10 jours.

Qualité de l'UI / UX : Excellente.

Coopération avec le client : Maximale.


 

La maquette "inspirée" de travaux existants

Cette pratique est assez répandue dans le milieu du web dans la mesure où elle constitue une réponse rapide et pré-faite aux appels d'offre. En effet, les agences digitales ne considèrent pas toutes qu'il est nécessaire de fournir une réponse personnalisée aux problématiques de chaque client. Pour y répondre, la tentation de fournir une maquette déjà existante et adaptée à la charte graphique du client est importante.

Les problèmes avec ce genre de pratique est que les maquettes ne prennent pas en compte les caractéristiques de l'audience de chaque client. Elles ne sont pas nécessairement adaptées aux problématiques spécifiques du client, l'aspect créatif est détérioré et la démarche de co-construction est inexistante.

 


Nombre de postes mobilisés : Un.

Durée de travail : Un jour ou moins.

Qualité de l'UI / UX : Passable (selon la pertinence dans le choix de la maquette de base).

Coopération avec le client : Inexistante.


 

Le droit ne protège qu’en partie le travail du webdesigner

Juridiquement, il est incontestable qu’une maquette constitue la propriété littéraire et artistique du webdesigner et qu’à ce titre, cette dernière est protégée par le droit d’auteur.
Cela signifie que son créateur a, sur son œuvre, plusieurs droits moraux et patrimoniaux. Dès lors que la maquette n’a pas été sélectionnée et achetée, nul autre que son auteur ne dispose de droits d’exploitation dessus. C’est l’acquisition de la maquette qui implique un transfert de propriété au bénéfice de l’acquéreur.
L’acquisition ne confère cependant pas un droit absolu sur l’œuvre dans la mesure où c’est le contrat passé qui doit préciser exactement les conditions d’exploitation de la création, et qu’un droit demeure pour le créateur, celui du respect de son œuvre.
En ce qui concerne la pratique consistant à demander des maquettes afin de départager les candidats entre eux, cette dernière n’est pas éthiquement viable mais ne constitue pas pour autant un acte condamnable aux yeux de la loi.

Face à la propagation de cette pratique et à l’agacement grandissant des agences web, une circulaire du 10 juillet 2015 relative aux règles et bonnes pratiques en matière de marchés publics de design est intervenue pour appuyer les revendications des designers. Elle prévoit une indemnisation des candidats qui n’auraient pas été retenus, il s’agit donc d’une reconnaissance de leur travail.
C’est un premier pas vers une considération, mais cette circulaire se trouve être fortement limitée dans la mesure où elle ne s'adresse qu’aux marchés publics d’une part, et d’autre part, que la portée juridique d’une circulaire est très faible voir inexistante, n’ayant ni valeur législative, ni réglementaire, elle constitue davantage une note de service, une recommandation.    

L’avis de Marion : UI/UX Designer à ebizproduction

Je n'ai jamais été confrontée directement à cette demande, sauf dans le cadre scolaire lors d’un « sim game » (jeu de simulation) où nous devions répondre à l’appel d’offre d’une entreprise. Nous avons appris qu’une des équipes concurrente avait fait le choix de proposer une vingtaine de maquettes, dans l’objectif de se démarquer. Dans mon équipe, j’ai exprimé mon avis négatif à ce sujet et nous n’avons présenté aucune maquette. J’ai crains que cela nous porte préjudice mais nous avons finalement remporté l’appel d’offre. Ceci s’est expliqué par le fait que la non proposition de maquette permettait de réellement co-construire avec le client et ne pas se limiter à un design pré-établi. 
En effet, une maquette qui n’est pas le fruit d’une collaboration avec le client risque de ne pas correspondre réellement à ses besoins. Ce qui fait qu’un design est réussi, c’est avant-tout un mélange de connaissances à la fois de la part du client et de l’agence web.

Webdesigner junior, je n’étais pas réellement au courant de ces pratiques, c’est en arrivant à ebizproduction que l’on m’a informé que l’agence était souvent confrontée à ce type de demandes.
Cependant, notre directeur artistique est habitué à recevoir des demandes de maquettes dans le cadre d’appel à projets, face à la généralisation de cette demande, l’agence a décidé de prendre la décision de ne plus créer de maquettes pour répondre aux candidatures. 

Quels sont les pour, les contres et les conséquences de cette pratique ?

Il n’y a pas vraiment de point positif à cette pratique, tant du point de vue de l’agence que du client. 
Il est logique que des commanditaires souhaitent mettre en concurrence les agences en les amenant à produire des maquettes car cela leur permet d’obtenir des éléments visuels et des idées créatives et innovantes, sans être engagée par aucun contrat. En revanche, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas la meilleure solution lorsqu’on souhaite un résultat sur-mesure. 
En effet, une maquette est une une réponse à un brief créa avec le client, c’est une collaboration. Ces méthodes créent un appauvrissement de la créativité, car bien souvent, dans une logique financière et de temps, les agences puisent dans leurs templates préconçus qu’elles habillent avec la charte graphique du commanditaire. 
Finalement les entreprises qui ont recours à ce genre de pratiques se retrouvent bien souvent avec des propositions basiques et homogènes.     
Il y a aussi une deuxième conséquence, à savoir l’appauvrissement de la collaboration entre le client et l’agence (ou le freelance). Or, c’est de cette relation privilégiée que née l’originalité. 

Pourquoi se plier à cette demande ?

Il est probable que les agences qui acceptent de travailler sur des maquettes dans une réponse à appel d’offre soient confrontées à une certaine difficulté à obtenir des contrats, car on le sait, la concurrence est forte dans le domaine.

La plupart des agences et webdesigners qui refusent de produire des maquettes le font souvent par éthique, pour essayer de faire évoluer les mentalités sur ce sujet. Leur métier est souvent une passion pour beaucoup de webdesigners, mais c’est avant tout un travail, qui mérite reconnaissance et donc salaire. J’imagine que nombre de personnes doivent penser que produire une maquette est simple et rapide, comme beaucoup de personnes se l’imaginent pour la conception de logotypes par exemple. Or, c’est loin d’être le cas et le processus de création englobe différentes phases, comme l’analyse par exemple. 

Les web designers et le CrowdSourcing

La demande de création de visuels de manière non rémunérée est une tendance qui s’accentue avec la multiplication de sites de crowdsourcing (mettant en concurrence des milliers de designers) et des appels d’offres privés ne mesurant pas nécessairement la portée d’une telle demande.
De nombreuses marques participent à ce phénomène en organisant des concours pour un logo, des maquettes… Il semble que cela se développe de plus en plus. Peut être que le droit devrait intervenir afin d’apporter un cadre juridique à ces pratiques.

Quelles alternatives à ce phénomène ?

Un portfolio à jour est un parfait moyen de communiquer sur la capacité de création d’une agence ou d’un freelance et aussi son style graphique.
A ebizproduction c’est ce que l’on fait en proposant un portfolio hébergé sur Behance : https://www.behance.net/bluedrop
Il faut personnaliser ses réponses aux appels d’offres, en y incluant des solutions et des recommandations, c’est une façon de montrer que l’on a compris les besoins et le cahier des charges du client. On fait savoir que l’on maîtrise les tendances graphiques du moment et que l’on sait faire preuve d’inventivité. On rassure le client en communiquant sur notre workflow.

Notre décision en tant qu'agence web éthique

Nous avons pris la décision de ne plus inclure de maquettes graphiques dans nos réponses aux appels d’offres car il est évident pour nous que cela ne correspond pas à notre culture d’entreprise et l’esprit de construction collaborative avec le client s’avère effacé. Pour communiquer sur nos compétences graphiques, nous entretenons un portfolio Behance dans lequel nous publions nos créations (accessible ici).

Ne pas rémunérer le travail d’une personne, c’est ne lui accorder aucune valeur. 
L’esprit d’ebizproduction est à l’opposé de cette pratique. Pour le bien de nos professions et surtout pour le bien du client.

Mégane Amblard & Marion Leroux
Soyez une entreprise éthique, consultez notre portfolio Behance pour voir ce que nous faisons.

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